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Tests et bilans d’orientation

Vendredi 6 février 2009

De bons outils… à condition de bien les utiliser !

Seconde générale ou voie professionnelle après la troisième? Bac ES ou STG après la seconde? Prépa scientifique ou fac de médecine après le bac? Pour les jeunes, la dernière année de collège puis les trois de lycée s’écoulent au rythme des questions et réponses qui définissent leur orientation. Or, les choses ne coulent pas forcément de source. Il ne suffit pas d’aimer les animaux pour devenir vétérinaire car la « prépa véto » exige un excellent niveau en mathématiques. Il ne paraît pas raisonnable d’entreprendre des études d’art dramatique dans un contexte de crise du régime des intermittents du spectacle. Il n’est pas dit que des notes de première catastrophiques en économie empêcheront de décrocher un Master de gestion à l’université. Quant à l’apprentissage, il n’interdit pas aux plus volontaires d’intégrer par la suite une grande école…
Pas facile dans ces circonstances de bien choisir une filière, un diplôme, un métier. Certains élèves n’ont pas un assez bon dossier pour rejoindre la classe souhaitée: ont-ils intérêt à réduire leurs ambitions ou à modifier leurs techniques de révision pour progresser? D’autres, déjà engagés dans une formation qui ne leur convient pas, voudraient changer de direction : doivent-ils repartir de zéro ou exploiter leurs acquis dans des domaines parallèles ? D’autres encore, aussi hésitants que désabusés, n’ont aucune idée de ce qu’ils souhaiteraient faire plus tard: comment peuvent-ils trouver leur chemin parmi un dédale d’opportunités?
Ces interrogations, qui sont non seulement celles des enfants mais aussi celles de leurs parents, demeurent fondamentales. Et elles en appellent logiquement davantage. Où trouver la bonne information sur un stage, un secteur, une qualification? À qui s’adresser pour évaluer ses envies, ses compétences, ses attentes? Par quels moyens s’assurer que les buts visés sont compatibles tant avec les réalités économiques qu’avec les possibilités personnelles? Comme il s’agit en effet de s’assurer un futur qui ne soit ni subi ni bouché, mieux vaut se préparer et baliser le terrain.
Quels interlocuteurs ?

Bien sûr, les principaux services publics spécialisés que sont les CIO (Centres d’Information et d’Orientation… dont le nôtre : www.cio75.com), l’ ONISEP (Office National d’Information sur les Enseignements et les Professions) ainsi que les PAIO (Permanences d’Accueil, d’Information et d’Orientation) éditent et mettent à la disposition du public des brochures sur les différentes voies, études ou professions (voir « Petite boussole… »). Elles proposent également des dossiers thématiques sur leur site Internet, des renseignements téléphoniques, des rendez-vous, bilans et accompagnements personnalisés gratuits. De plus, les équipes pédagogiques des établissements scolaires distillent quelques conseils au moment de remplir les fiches de vœux et de s’inscrire dans le supérieur. Malheureusement, cette aide s’avère insuffisante.
D’abord, la plupart des documents distribués, vendus ou consultables sur place (sans mode d’emploi clair), sont longs et difficiles à déchiffrer. Ils se contentent souvent de lister assez platement des cursus types, ne développent que succinctement les contenus des enseignements, évoquent peu les sujets « qui fâchent » (valeur effective des diplômes, qualité mesurable des écoles citées, coût total des études, reconversions). Ensuite, les professeurs principaux se fondent surtout sur les notes obtenues dans telle ou telle matière, les éventuels redoublements ainsi que le travail fourni pour donner un avis; ils ne tiennent guère compte des goûts, des sensibilités, d’un quelconque potentiel non exploité. Enfin, malgré une volonté politique d’amélioration des parcours d’orientation (1), le personnel des instances évoquées ci-dessus, notamment les conseillers d’orientation-psychologues (2), semble débordé. Les horaires d’ouverture des bureaux et standards sont limités tandis que le temps manque pour recevoir individuellement tous ceux qui le réclament, les délais d’attente pouvant s’élever à trois mois.
Reste alors l’option de la sphère privée, avec les instituts ou centres pédagogiques, diverses associations (de familles, de praticiens, de parents d’enfants précoces…) et les cabinets de psychologues indépendants ou collectifs. Leurs prestations sont aussi variées que payantes: en général 200 à 500 euros pour une rencontre face à face, une batterie de tests (logique, personnalité, intelligence) et une interprétation finale, 1000 à 2000 euros pour un suivi sur plusieurs semaines (deux à cinq entretiens, recommandation d’établissements et de formations). Inutile de souligner que le large éventail des offres, qui s’accumulent à vitesse grand V sur le marché, appelle à la prudence (3). Concurrence oblige, les organismes redoublent de promesses attractives. Sauf que tous ne sont pas « fiables »! En outre, leurs méthodes et par conséquent les conclusions qui en découlent diffèrent selon les objectifs affichés (orientation, évaluation psychologique, « coaching » scolaire) ou le profil des intervenants (titulaires d’un Master en ressources humaines, psychologues, enseignants). Avis aux futurs clients! Il convient de réclamer des gages de sérieux (homologation Éducation Nationale, charte de qualité, affichage des diplômes, références scientifiques des questionnaires) et d’ignorer (sauf si on aime s’amuser et se moquer de soi) les quiz informatiques standardisés, qui pullulent sur le Net, renvoyés par courrier ou par mail pour la modique somme de 15,24 euros. Par ailleurs, savoir que l’on possède un QI de 140 (la moyenne se situant aux alentours de 100) qui autorise théoriquement à embrasser n’importe quelle carrière n’aide pas à se situer concrètement quand on cumule deux échecs successifs au baccalauréat…
De toute façon, quel que soit le cadre dans lequel ils sont pratiqués, les tests en eux-mêmes ne résolvent rien, pas plus un problème de comportement qu’une hésitation entre BTS diététique et école d’infirmières. Ils ne donnent que des pistes de réflexion, imposent au participant de s’investir vraiment et nécessitent une remise en cause dès lors qu’ils révèlent le contraire de ce qui était espéré…


Quelle démarche pour quels résultats ?

Il ne faut pas commettre l’erreur de se précipiter chez un spécialiste avec la conviction que celui-ci fera des miracles et déterminera en trois secondes l’option adaptée ou le métier parfait! Le processus se révèle plus complexe. Car il arrive que d’excellents scores sur le papier aux épreuves de psychométrie ne se concrétisent pas en situation.
Beaucoup de variables viennent relativiser les chiffres, les cases cochées, les notes des bulletins. Par exemple: un élève très cultivé réussira sûrement un écrit le décrivant comme bon « communicant » alors qu’il se montrera incapable de prendre la parole en public à cause d’une trop forte émotivité. L’inverse est également vrai: une tête de classe en mathématiques échouera aux tests d’intelligence numérique (4) parce qu’il n’aura pas été assez rapide dans la résolution des énigmes automatiques. D’où le besoin de multiplier les critères et paramètres d’analyse; puis de procéder à une synthèse.
C’est pourquoi un minimum de 3 étapes est indispensable pour produire un bilan digne de ce nom:
1° Une prise de contact directe avec un conseiller, en présence ou non des parents, ouvre une discussion pour cibler la requête, les écueils rencontrés, les influences (milieu social, antécédents scolaires ou médicaux) et définir les formalités à remplir (sélection de protocoles appropriés, profil, durée, rythme des séances). Cette entrevue plus ou moins longue (entre 1 h 30 et 3 h) permet à chacun de poser ses conditions. En cas de désaccord entre les parties, il est normalement possible de renoncer ou de s’adresser à quelqu’un d’autre (faire attention aux modalités d’inscription et de paiement des organismes privés avant de se déplacer pour la première conversation).
2° Une « investigation » plurielle ne s’arrête pas aux tests (surveillés, minutés). Elle n’est pas non plus une psychothérapie. Elle développe plusieurs activités étalées sur quatre à cinq semaines : recherche (lecture de la presse économique, examen de fiches métiers, visite d’une antenne ANPE ou d’une entreprise, participation à des Journées Portes Ouvertes), rédaction (dissertation libre, ébauche d’un CV ou d’une lettre de motivation), verbalisation (simulation d’entretiens, présentation ordonnée d’un projet).
3° Dans un rapport final, le conseiller et le jeune commentent ensemble les performances ou contre-performances aux tests, égrènent des propositions, établissent des plans d’action pour corriger une faiblesse ou stimuler une attitude positive. Cette phase de « réappropriation » confronte des points de vue objectifs (savoirs, savoir-faire, aptitudes) et subjectifs (inclinations, angoisses). Auto-évaluation et évaluation se font écho ici.
Ce schéma de base, qui dépend évidemment de la formule et de la structure sélectionnées, demeure essentiel à respecter. Il se présente comme un échange constructif entre le participant et son « accompagnateur », un dialogue qui se déroule dans un climat de confiance. À charge pour les parents de s’effacer, même s’ils sont inquiets pour leur enfant. C’est à ce dernier de désigner un conseiller qui lui convienne (on ne se livre pas de la même façon selon que l’on se retrouve en présence d’un homme, d’une femme, d’une personne d’un certain âge), de se mettre en avant, de s’interroger sur lui-même, d’accepter que ses rêves ne soient pas réalisables, de se battre pour combler ses lacunes… Qu’il prenne ces éléments comme un nouveau départ. Qu’il se concentre sur ses certitudes, ses engagements, les coordonnées des établissements ou références des diplômes susceptibles de lui convenir. Et qu’il s’attende à repartir avec moins de réponses que de questions!


Quelle utilité réelle ?

Plus désorientés qu’orientés en définitive, nombre d’élèves ou d’étudiants ayant « planché » sur un bilan éprouvent un sentiment de frustration. La déception vient d’un constat réfuté (on voulait se faire confirmer un grand destin et on apprend qu’on possède une dangereuse étroitesse d’esprit!) ou évident (on a 18/20 en français et on est dirigé vers hypokhâgne). Elle concerne aussi l’absence de solution « précise », le décalage entre des pourcentages encourageants ou décourageants contredits par des appréciations réservées ou enthousiastes, l’insuffisante exploration professionnelle (simple épluchage des livrets ONISEP). Les critiques abondent, sans parler des réserves émises sur la validité des tests.
Toutefois, la plupart des jeunes qui se montrent satisfaits ont su pousser plus loin. Ils ont dédramatisé les résultats – en s’y opposant parfois, les ont appréhendés comme un outil à exploiter plutôt qu’un verdict couperet. Ils ont su trier les données pour se focaliser sur les qualités (on en a tous) qui compensent les défauts. Surtout, ils ont dépassé leurs a priori et compris d’une part que la connaissance de soi n’était qu’un commencement, d’autre part qu’ils ne seront jamais aussi bien servis que par eux-mêmes en matière d’orientation et d’avenir…
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(1) Création de la délégation interministérielle à l’orientation le 11/09/2006 et instauration d’un « entretien d’orientation » en classe de troisième.
(2) En 2006, on comptait 4500 conseillers d’orientation psychologues (COP) contre 8418900 apprentis, collégiens, lycéens et étudiants, soit 1 COP pour 1870 élèves.
(3) Voir Le Monde du 15 janvier 2007 sur la polémique autour d’un dépistage (pseudo) gratuit de la précocité.
(4) À côté du QI (quotient intellectuel) mesurable par divers moyens, les psychologues considèrent qu’ils existent différentes intelligences (verbale, musicale, spatiale…); Lire Les Intelligences multiples, Howard Gardner, Retz.


L’entretien d’orientation en classe de 3e

  • En théorie
    Défini au BO 47 du 21/12/06, il « prendra la forme d’un rendez-vous formalisé conduit par le professeur principal en associant le cas échéant, selon une répartition qui sera jugée appropriée, les conseillers d’orientation-psychologues et les autres membres de l’équipe éducative […] Inscrit dans la phase de dialogue du second trimestre, cet entretien prendra place, si possible, avant l’expression par les familles de leurs intentions d’orientation. »
  • En pratique
    L’organisation de cet entretien est laissée à l’initiative des chefs d’établissements. Cependant, ils ignorent encore aujourd’hui comment s’y prendre et comment concilier les emplois du temps de tout le monde. De surcroît, beaucoup doutent de la portée effective d’une entrevue unique tandis que les professeurs principaux ne se sentent pas armés pour sortir du cadre de la fiche des vœux d’orientation et aborder des questions plus personnelles. À voir donc…