Pas la peine de vous affoler déjà (ni plus tard d’ailleurs). Ce scénario catastrophe ne vous concerne pas, à condition de respirer un bon coup, de
mettre les choses à plat, de vous lancer dans des révisions tranquilles, productives, fructueuses.
Pour y parvenir, faites ce que vous êtes supposé savoir faire en tant qu’élève après tout. Cultivez tant les belles-lettres que le bon sens. Autrement dit: apprenez et raisonnez.
Toujours pas rassuré, toujours pas convaincu? Alors suivez les instructions ci-dessous et vous vous sentirez nettement mieux le jour des épreuves…
Soyez théorique
Puisqu’elles sont à l’origine de tout, planchez sur les instructions officielles (1). Elles constituent la matière de base dont se servent les enseignants, les concepteurs de sujets, les examinateurs. Elles vont vous permettre de définir ce qui vous attend, de replacer vos cours dans une véritable perspective de réflexion, de bûcher efficacement.
Vous connaissez bien sûr les contenus de votre programme (2):
Il s’agit en principe, d’étudier d’une part des textes et/ou une œuvre complète, d’autre part de les analyser selon différents axes thématiques et stylistiques : histoire littéraire et culturelle, genres, registres, signification et singularité des œuvres, effet des discours sur les destinataires.
Vous ne devez par conséquent vous arrêter ni à de simples observations linéaires, ni à des définitions générales.
Vous devez maîtriser les notions, les extraits, les ouvrages tant dans l’absolu que dans un contexte.Si « l’Albatros » de Baudelaire figure sur votre liste, il ne vous suffira pas de commenter la comparaison entre l’oiseau et le poète ou la versification; il vous faudra situer le poème dans Les fleurs du mal, vous interroger sur le genre poétique, évoquer la conception baudelairienne et les débats autour de la création poétique… D’où l’intérêt de procéder à des lectures précises avec prise en compte du moindre détail (qu’aucune allusion ne demeure obscure!), des lectures cursives avec élargissement des horizons (cherchez les échos, les contradictions) et des lectures complémentaires
(critiques, postfaces…) de façon à dresser un vaste tableau d’ensemble.
Ne vous éparpillez pas néanmoins dans les bouquins, les dictionnaires, les Annales, le web… qui regorgent d’informations, dont certaines seulement sont passionnantes. Triez. Pour les œuvres complètes, lisez en sus un seul ouvrage explicatif, type Profil, et contentez-vous des analyses des passages les plus connus. N’essayez pas de tout commenter, encore moins de tout « dénicher » pour recopier bêtement sans comprendre.
Pour les extraits des corpus, jetez un œil plus qu’attentif à l’ouvrage intégral. Si vous y tenez vraiment, procurez-vous une ou deux (grand maximum) autres versions de commentaire, soit auprès d’un camarade, soit dans un livre spécialisé. Quant aux sites Internet qui abondent, ne vous y connectez pas à outrance. Limitez vos visites ; choisissez de préférence : www.site-magister.com (riches en conseils, plans, modèles de fiches… fournis par des enseignants très expérimentés).
Construisez-vous, pour chaque partie du programme, une sorte d’encyclopédie en 6 volumes , cahiers, carnets ou classeurs:
- un résumé du cours général de votre professeur (grandes lignes de son approche de la question, de la présentation du corpus, des auteurs, de la situation…).
- un résumé de vos recherches personnelles , correspondant à un approfondissement du cours (chronologies historiques, littéraires et culturelles, contemporains de l’auteur, mouvements et idéologie, principales critiques).
- des plans de commentaires de textes ; faites 2 à 3 variations à partir de différents angles. Pour la scène I de l’acte 1 du Tartuffe de Molière par exemple, votre plan ne sera pas le même selon que vous centrez votre problématique sur l’exposition, où le personnage principal est à la fois présent et absent, les différents types de comiques, la satire sociale dans le rapport entre les personnages.
- des plans de devoirs types : dissertations, commentaires et écrits d’invention; au moins deux de chaque par question, au plus six (au delà , vous mélangerez); prenez ceux corrigés par votre enseignant ainsi que ceux d’un camarade d’une autre classe ou d’un autre établissement.
- un recueil de citations, formules… référencées que vous utiliserez à l’écrit pour appuyer vos démonstrations, développer vos exemples, relancer les problématiques. Inspirez-vous du modèle ci-dessous.
| Citation | Oeuvre | Référence | Commentaire |
| … | … | Acte,
scène, Chapitre… |
Utile pour…
Illustre telle idée |
- un répertoire de vocabulaire et de figures de style ; soyez capables de définir du tac au tac: dialectique, aparté, ellipse…
Organisez vos révisions selon un planning chronométré.
À partir de maintenant (sachant que vous auriez dû procéder de la sorte depuis le jour de la rentrée…), consacrez au moins 9 heures hebdomadaires au français:
- 1 heure par soir de la semaine pour relire les cours du moment et les mémoriser, décortiquer les textes, ficher au fur et à mesure sans rien
laisser en suspens (vous n’aurez pas le temps d’y revenir plus tard). Supposez que vous en êtes au biographique ; votre professeur vient de
terminer l’analyse de l’incipit des Confessions de Rousseau ; mettez au propre votre biographie et votre bibliographie de Rousseau, faites un topos sur « les Lumières », classez dans votre répertoire les termes à connaître (biographie/autobiographie/ hagiographie/journal intime…), notez dans votre recueil la célèbre formule « Je forme une entreprise… », listez des ouvrages très connus sur le même thème (Les Mémoires d’outre-tombe de
Chateaubriand, Enfance de Nathalie Sarraute, Souvenirs pieux de Marguerite Yourcenar…), faites une recherche sur la notion de « pacte autobiographique».
- 2 heures le mercredi après-midi pour réviser un chapitre achevé , en faire la synthèse textuelle (vocabulaire) et contextuelle (biographie de l’auteur, ses contemporains, œuvres…), reprendre les devoirs et rédiger des plans types. Si entre septembre et novembre, vous avez « bouclé » votre dossier sur l’argumentation: relisez vos fiches, relisez vos textes un par un et « remémorisez » les plans de commentaires, de dissertations…
- 3 heures le week-end pour vous entraîner concrètement et assurer une assimilation de fond: vérifiez que vous possédez les textes en double et placez dans un classeur à transparents les photocopies de ceux destinés à l’examinateur; exercez-vous à passer à l’oral sur trois ou quatre textes, efforcez-vous de les lire à haute voix avec le ton et corrigez-vous puis prenez un sujet traité en classe ou choisi dans des Annales et bâtissez un plan, rédigez introduction, conclusion, transitions et développements d’exemples.
La préparation de l’écrit se mêle donc à celle de l’oral. Apprenez par cœur les citations et passages clés fondamentaux pour les réutiliser à l’occasion d’une dissertation ou vous en inspirer pour l’invention. Révisez vos textes comme s’il s’agissait de sujets de commentaires écrits.
Obligez-vous à jeter vos idées sur le papier. Si vous manquez d’aisance, tant sur feuille qu’à l’oral, préparez-vous des réponses types adaptables. Attention, le but n’est pas de « recracher » artificiellement des morceaux de cours mais de posséder suffisamment de matière pour s’y raccrocher en cas de blocage, d’incapacité à démarrer une réflexion.
Parfois vous ne trouverez votre problématique qu’après l’énumération des exemples que vous pouvez éventuellement mobiliser. En outre, une attaque d’introduction banale, limite passe-partout, quoique bien calée sur le sujet à traiter et correctement libellée ou énoncée, vaudra toujours mieux qu’un démarrage poussif, hésitant, grammaticalement incorrect. Idem pour la conclusion.
Ne tombez pas dans le piège des mauvais plans en oui/non, fond/forme, les auteurs disent/ je dis…
Ensuite travaillez au brouillon (verso uniquement). Notez vos idées « en vrac » au fil de la plume, classez-les en fonction de leur rapport plus ou
moins direct avec le sujet, de votre capacité à les justifier. Sélectionnez celles qui s’enchaînent en tissant des liens logiques. Utilisez des codes
couleurs (idées principales en rouge, argumentation en bleu, articulations en vert…) ou un tableau:
| Idée | Rapport au sujet | Exemple | Transition | Place dans le plan |
Ne passez à votre copie qu’après avoir entièrement rédigé :
- introduction : phrase d’accroche, « reformulation » du sujet, définition de la problématique et annonce subtile de votre plan;
- conclusion: reprise en miroir de l’introduction;
- transitions: passage d’une idée à l’autre; pensez aux termes qui marquent la contradiction (or, toutefois, mais, en revanche, bien que…), la cause/conséquence (car, puisque, donc, parce que…), la confirmation (en effet, d’ailleurs, de plus…);
- exemples : ils n’ont de l’intérêt que s’ils sont justifiés, développés, situés, pertinents; ne citez pas saint Augustin au prétexte que votre professeur vous en a parlé si vous ne pouvez pas le rattacher directement au sujet.
Enfin, le jour J, souvenez-vous des horaires impartis (3), du coefficient des épreuves (4), du barème des questions (5) afin de gérer au mieux votre
temps et de gagner des points. Surveillez notamment votre attitude face à l’examinateur lors de votre passage à l’oral: présentez-vous
distinctement, ne tripotez pas vos cheveux, ne grimacez pas, gardez un stylo à la main, prenez des notes au moment de la conversation. Ayez vos papiers d’identité, votre convocation, votre « descriptif des lectures et activités », de quoi grignoter, une trousse bien garnie, des bouchons d’oreille, un pull, un gri-gri… bref tout le nécessaire pour vous sentir comme un coq en pâte.
« Positivez »: cette épreuve n’est rien à côté de celles qui vont suivre!
Pour l’heure, recevez comme un compliment le fameux mot de cinq lettres qui commence par M. Et dites-vous que si tous les connecteurs logiques, arguments, rythmes ternaires, allitérations ou métaphores, contenus dans cet article, vous ont sauté aux yeux, eh bien, bravo, vous êtes sur la bonne voie!
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(1) BO n° 28 du 12-7-2001, programme des lycées : www.education.gouv-fr
ou brochures du CNDP.
(2) Questions 1 à 7 en L, 1 à 5 en S et ES et 1 – facultatif – à 5 en séries
technologiques.
(3) 4 heures pour l’écrit, 30 à 40 minutes de préparation et 20
minutes de passage pour l’oral.
(4) Écrit: 3 en L, 2 en S et ES, 1 pour les séries technologiques; oral: 2
en séries générales et STT/G (selon options), 1 en séries technologiques.
(5) Écrit: 4 points (séries générales) à 6 points (séries
technologiques) pour les questions sur le corpus donc 14 à 16 points pour les
travaux d’écriture; oral: 10 points pour le « commentaire » et 10 points
pour la « discussion ».